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Génotypage et génétique

Le génotypage, est-ce un investissement rentable ?

par Etienne DOLIGEZ

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Les intérêts techniques du génotypage des femelles laitières sont maintenant bien connus. Il permet de connaitre dès leur plus jeune âge le potentiel génétique donc de sélectionner les femelles correspondant le mieux avec les objectifs de l’éleveur, de les accoupler de façon raisonnée et de repérer des femelles d’intérêt génétique particulier. Mais, est-ce rentable de génotyper ses femelles laitières ?

Pour répondre à cette question, il faut déterminer le progrès génétique supplémentaire que permettra le génotypage des femelles laitières du troupeau et le gain économique qu’apportera ce progrès génétique. Ce gain doit être comparé au coût du génotypage.

Prenons l’exemple d’un élevage de 80 vaches laitières, avec un ISU moyen de 120 et un écart type de cet ISU de 20. L’éleveur utilise 10 taureaux différents avec un ISU moyen de 160. Quatre stratégies de renouvellement peuvent s’offrir à lui :

  • Stratégie 1 :  il n’utilise pas le génotypage, l’ISU moyen des 35 femelles de renouvellement gardées au « hasard » sera de 140, les autres seront vendues.

S’il veut valoriser les résultats de génotypage, il peut :

  • Stratégie 2 : inséminer les 80 femelles de son troupeau avec de la semence traditionnelle et choisir les 35 femelles à garder après génotypage de l’ensemble des femelles nées et vendre les autres ;
  • Stratégie 3 : inséminer avec de la semence sexée les 80 femelles de son élevage et choisir les 35 génisses de renouvellement après génotypage des 70 femelles nées et vendre les autres ;
  • Stratégie 4 : génotyper les 80 vaches de son troupeau, inséminer avec de la semence sexée les 40 meilleures et garder les produits en renouvellement. Dans cette solution, il peut choisir d’inséminer les 40 autres femelles avec de la semence de race à viande pour augmenter la valeur économique des produits.

 

Ces 4 solutions offrent un progrès génétique plus ou moins important (d’après David et Fritz, 2011) et nécessitent un nombre de génotypages différents. Les hypothèses de calcul actualisées dans le tableau suivant considèrent que :

  • le gain économique permis par l’ISU est de 5 € par animal et par an (OSIRIS, 2013)
  • les vaches ont en moyenne une longévité de 2,5 lactations
  • le coût d’un génotypage est de 34 €.

 

Stratégie 1

Stratégie 2

Stratégie 3

Stratégie 4

ISU moyen des femelles de renouvellement (Fritz et al, 2011)

140

146

150

160

Gain économique pour les 30 femelles de renouvellement

 

2 250

7 500

3 750

Nombre de génotypages à réaliser chaque année

 

35

70

35

Coût du génotypage

 

1 190

2 380

1 190

Surcoût semence sexée (30€/IA)

 

 

2 400

1 200

Plus-value possible sur croisement industriel (+100 €/veau)

 

 

 

3 500

BILAN

 

+ 1 060

+ 2 720

+ 4 860

Amortissement sur 3 ans de l’investissement génotypage des 80 femelles présentes

 

 

 

- 906

Tableau 1 : comparaison de différentes stratégies de valorisation des génotypages

Les exemples illustrés dans ce tableau sont certes un peu caricaturaux, mais ils permettent de comparer la rentabilité des différentes stratégies. La solution fondée sur le génotypage intégral du troupeau et la sélection des meilleures femelles à accoupler pour produire des génisses de renouvellement parait la plus intéressante. Elle permet d’amortir rapidement l’investissement initial nécessaire du génotypage de l’ensemble du troupeau.

A cet avantage lié au tri des animaux grâce au génotypage, il faut ajouter celui de la qualité de l’accouplement qui est potentiellement meilleur avec un index génomique car étant plus précis, la définition des points forts et des points à améliorer des individus sera plus précise. Les taureaux choisis correspondront mieux à chaque vache.

Pour l’application concrète de ces stratégies en élevage, il convient au préalable de définir le nombre de femelles de renouvellement souhaitées. Celui-ci doit tenir compte des projets de croît de cheptel de l’exploitation, des besoins de renouvellement et des performances de reproduction de l’élevage. Pour obtenir le nombre de femelles attendues, il faudra adapter les nombres d’insémination en semences traditionnelles, sexées ou croisées de race à viande.

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