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Pas de mammites, ni de cellules au pâturage : vérité ou idée reçue ?

par Dr Vincent CHAUMARD

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On entend souvent que la mise à l’herbe, ou que le pâturage de façon générale, réduit le nombre de mammites ou diminuer le taux cellulaire du troupeau. Vérité ou idée reçue ? En fait, cela dépend de chaque élevage et notamment de l’origine des mammites et cellules. Car il existe plusieurs profils différents. Explications…

Selon certaines conditions de logement, la mise à l’herbe peut améliorer la santé mammaire !

Dans un élevage avec un profil infectieux de type environnemental, il est possible que la mise à l’herbe améliore la situation. Prenons l’exemple d’une aire paillée qui n’est pas curée assez souvent, soit par manque de temps ou de main d’œuvre, soit par impossibilité d’épandre le fumier, soit parce que la configuration du bâtiment rend le curage difficile, soit pour toute autre raison. Dans ce cas, la litière chauffe et sa température passe au-dessus de 35°C. Ces conditions sont propices à une forte multiplication de bactéries et notamment de Streptococcus uberis. Dès que les vaches se couchent, leur mamelle est directement en contact avec la source de contamination. D’autant plus si elles se couchent dans les 30 minutes après la traite, alors que les sphincters de leurs trayons sont encore ouverts. Dans un tel cas de figure, la mise à l’herbe des vaches va permettre d’améliorer les choses, puisqu’elles n’auront plus (ou beaucoup moins) accès à l’aire paillée, et donc à la source de bactéries.

Cependant, c’est le plus souvent une idée reçue : dans de nombreux  cas la mise à l’herbe n’améliore pas la situation

Si, comme dans l’exemple précédent, vous êtes dans un profil infectieux de type environnemental, il faut faire néanmoins attention à ce que le problème ne se transpose pas dans la pâture. En effet, pendant les journées chaudes et ensoleillées, les vaches ont tendance à s’agglutiner toutes ensemble sous les arbres ou le long des haies. Une zone, où elles vont rester, bouser, se coucher. Il s’agit donc d’un lieu de couchage qui est lui aussi contaminant, avec un développement plutôt d’entérocoques ou d’Escherichia coli. D’où l’intérêt d’avoir des zones ombragées étendues, ou du pâturage tournant pour limiter la vitesse à laquelle ces zones se souillent. Les zones boueuses ou avec des eaux stagnantes (autour des abreuvoirs) peuvent aussi présenter un risque de contamination des mamelles, notamment avec Serratia marcescens ou encore Prototheca (une algue). On voit donc avec cet exemple que la mise à l’herbe ne résout pas le problème : elle ne fait que le déplacer

Prenons maintenant un autre cas, avec un élevage dont les mammites et cellules sont dues à des bactéries à réservoir mammaire, comme le staphylocoque doré. Cette bactérie se transmet d’une vache à l’autre à l’occasion de la traite, lorsque l’hygiène n’est pas suffisamment satisfaisante. Ainsi, que les vaches soient dans le bâtiment ou en pâture, cela n’aura pas d’impact sur la santé mammaire du troupeau.

Malgré cela, certains tentent d’alléger leur protocole d’hygiène à la traite. Mais c’est une pratique risquée. Les gestes d’hygiène, comme le pré-trempage, ont aussi pour but de préparer la mamelle à l’éjection du lait. Ainsi, une mauvaise stimulation peut engendrer une vidange insuffisante du lait, et donc une persistance des bactéries présentes dans les quartiers.

 

La mise à l’herbe n’est pas forcément synonyme d’amélioration de la santé mammaire

 

Vous l’aurez compris, la mise à l’herbe n’est pas forcément synonyme d’amélioration de la santé mammaire. Pour que cette phase se déroule au mieux, il est primordial de connaître le ou les pathogènes qui circulent dans le troupeau. Une analyse PCR sur lait de tank permet de savoir quels agents pathogènes circulent dans l’élevage (service BactérioDétect chez Seenovia). En fonction du résultat, elle vous aiguillera vers les mesures de prévention les plus pertinentes. Ainsi vous pourrez piloter la mise à l’herbe de votre troupeau de façon sereine, en agissant sur les meilleurs leviers d’action pour une bonne santé mammaire.

 

Article co-écrit avec Mathilde Chauvat, Experte qualité du lait Seenovia

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